I. Statue de Notre-Dame de Beauraing

Statue Notre-Dame au Coeur d’or

Aurélien Pierroux est un artiste-peintre beaurinois. Dès la fin des apparitions, il devient le premier secrétaire du Comité Pro Maria, une ASBL au service des pèlerins et du Sanctuaire de Beauraing.

En tant qu’artiste, il voulut mettre ses talents au service de la dévotion à Notre-Dame de Beauraing. C’est ainsi qu’il rencontre les 5 enfants à plusieurs reprises afin d’avoir une description la plus détaillée possible de l’apparence de la Vierge Marie, telle qu’elle s’était montrée à eux. Ses notes manuscrites et ses premiers croquis sont visibles au musée marial situé à gauche du magasin du Sanctuaire (ouvert tous les jours de 10h à 17h30).

Plusieurs artistes vont également tenter leur chance de réaliser des peintures ou des sculptures représentant la vision des enfants, avec plus ou moins de réussite. Devant la prolifération des statues dites de Notre-Dame de Beauraing, il se faisait de plus en plus nécessaire d’avoir une statue officielle qui deviendrait également la statue qui serait vénérée par les pèlerins au sein du Sanctuaire. En effet, le premier support donné à voir aux pèlerins est un tableau offert par les sœurs bénédictine de l’abbaye de Maredret (tableau se trouvant au dos de la Chapelle Votive).

Monseigneur André-Marie Charue, l’évêque du diocèse de Namur, prendra la décision de définir officiellement le canon de représentation de Notre-Dame de Beauraing. Aurélien Pierroux, voyant les essais qui avait été réalisés, se propose de faire lui aussi une sculpture. Guidé par sa foi et sa dévotion pour la Vierge Marie, et conseillé par le chanoine Lafontaine, Aurélien Pierroux réalise plusieurs tentatives de différentes tailles et de différents styles : tout d’abord réaliste, puis plus symbolique. En effet, le réalisme amènerait, selon lui, de la distraction dans la prière du pèlerin. Aurélien Pierroux choisit donc un style moderne, plus épuré, presque symbolique.

Il réalisa tout d’abord un buste en glaise, puis une maquette de 30 cm montrant la Vierge Marie dans son intégralité, puis une statue d’’un mètre vingt, et enfin une version en bois (actuellement au centre du musée mariale). Cette dernière servira à réaliser une statue en pierre de France qui sera placée sous l’aubépine en attendant une version définitive en marbre de Carrare. La statue définitive sera bénie par Mgr Charue le 22 août 1951.  

Nous vous proposons les mots même de l’artiste, M. Pierroux, qui parle de son œuvre :

«  Un jour, je me suis dit : « Pourquoi n’essayerais-je pas, moi aussi ? ». Quoique n’ayant jamais manié la glaise et les ébauchoirs, je possédais une certaine formation artistique. De plus, vivant depuis 1933 au service de Notre-Dame, j’avais l’avantage d’être tout imprégné de l’atmosphère de Beauraing et d’avoir peut-être pu saisir mieux que beaucoup le sens de son message. Et je me mis à l’œuvre. Ce ne fut pas d’abord très brillant ! Puis un jour, je raisonnai ainsi : la beauté de Notre Dame est indescriptible ; nos représentations humaines ne pourront jamais exprimer l’éclat surnaturel qui la rendait si suave. Il fallait abandonner le portrait matériel strict, et tenter de donner à la matière inerte un peu du reflet, si possible, de l’âme de Notre Dame.

En 1943, je réalisais une statuette de 30 cm qui eut l’heur de plaire au public. Encouragé par ce léger succès, j’osai aborder le modelage d’une statue de 1m20. Cette taille permettait de donner à la Vierge plus de souplesse, de mouvement, d’élégance. La statue plut à beaucoup, même aux enfants dont certains me dirent après l’avoir vue : « Ce ne sera jamais ce que nous avons vu, mais c’est quand même une belle statue, la plus belle qu’on ait faite jusque maintenant ». (…) Elle restait trop matérielle et trop humaine ; les nombreux détails, pour si décoratifs qu’ils fussent, distrayaient le regard.

Un dimanche du mois d’août 1945, Monsieur le chanoine Lafontaine, doyen de Beauraing, vint chez moi (…). « Faites donc du moderne. Il me semble que la ligne moderne irait tellement bien à Notre Dame de Beauraing : cette robe à longs plis droits, sans ceinture, ce geste symétrique des bras, tout cela appelle la stylisation ». Et moi qui ignorais tout de la stylisation, je répondis : « Eh bien, j’essayerai ! ». Nous étions dans le courant du mois d’août. Monseigneur Charue était impatient de fixer son choix : ce choix se ferait le 14 octobre. Il fallait être fou pour tenter pareille aventure… en guère plus d’un mois ! Fou… ou posséder une foi qui soulève les montagnes. (…) Et je me mis à l’œuvre, et Notre Dame m’aida : car dès ce moment, tout se passa comme en une légende. Le mardi à midi, je pris de la glaise et, sans travail ni croquis préparatoire, je modelai. Et le soir même, la tête était presque au point. Je devais maintenant aborder la ligne.

J’avais remarqué qu’à ma statue précédente, l’excès de détails nuisait à l’ensemble. Je me dis : ce qui importe, ce qui compte ici, c’est la tête, le cœur d’or, les bras ouverts. C’est donc à diriger le regard vers eux que doit servir tout le reste… Que des lignes dirigent donc l’œil sans le distraire, qu’elles soient très simples et très pures. La figure de Notre Dame sera sereine comme une bienheureuse, douce comme une mère, recueillie comme une orante devant Dieu… Voilà pourquoi je lui ai fait les yeux presque clos… Que fait-on en passant près d’une personne qui prie, les yeux clos ? On marche doucement, on fait silence et volontiers on se mettrait à prier aussi. Et c’est ce que j’aurais voulu que l’on fit d’instinct devant ma statue.

Enfin, la statue fut terminée. Il fallut mouler, sécher, retoucher, mettre la dernière main. Nous étions au mercredi précédent le grand jour. M. le Chapelain m’amena un soir Andrée et Gilberte Degeimbre… Placées devant la statue, elles furent longtemps à la regarder en silence ; un silence lourd et un peu gênant. Je comprenais ce qui se passait en elles : ce n’était que du plâtre et elles avaient vu la Mère de Dieu vivante et rayonnante de beauté. La comparaison était insoutenable. Ce fut Gilberte qui prit la parole : « Je ne voudrais pas vous faire de peine, mais que voulez-vous que nous disions ? C’est une belle statue, mais… » – « Je comprends très bien Gilberte, que cela doit vous décevoir. Aussi je ne vous demande pas de me dire que c’est ce que vous avez vu. Dites-moi simplement si les détails principaux sont bien exacts : robe, voile, pieds cachés dans le nuage, geste des bras. Pour le reste, je ne vous demande pas de le trouver beau ; cela est impossible ». Elles admirent que les données principales étaient respectées ; la couronne seule les déroutait et il fallut expliquer. La blancheur de la statue aussi, décevait surtout Andrée qui disait : « La Sainte Vierge avait les joues roses, les yeux bleus, les sourcils blonds ; cette figure blanche, on dirait une morte ». – « L’autre statue n’était-elle pas plus belle (celle-là était décorée) ? » – « Je la trouve plus matérielle, plus humaine », répondis-je.

– « Pouvons-nous la voir ? » demande Gilberte. Nous passâmes dans la pièce voisine et mon précédent modèle fut de nouveau examiné. « Celle-ci est belle aussi pourtant ! » dirent-elles. « Allons revoir l’autre maintenant », dit Gilberte. Et dès qu’elle fut devant, elle dit aussitôt : « Vous avez raison, ce n’est pas la même chose ; celle-ci est plus… plus… aidez-moi, M. Pierroux, je ne trouve pas le mot ».

– « Plus pieuse, plus surnaturelle, sans doute ». – « C’est cela, plus pieuse. C’est une belle statue, elle fera prier ».