Les Mystères lumineux

Par le céramiste

Stéphane Terlinden

En 2002, dans son encyclique Rosarium Virginis, le pape saint Jean Paul II voulut ajouter aux Mystères traditionnels joyeux, douloureux et glorieux, des Mystères lumineux qui permettraient aux chrétiens de méditer sur cinq moments clés de la vie publique de Jésus, faisant du rosaire un véritable « condensé de l’Évangile ». Saint Jean-Paul II précisait : « Afin de donner une consistance nettement plus christologique au rosaire, il me semble toutefois qu’un ajout serait opportun ; tout en le laissant à la libre appréciation des personnes et des communautés, cela pourrait permettre de prendre en compte également les Mystères de la vie publique du Christ entre le Baptême et la Passion. »

L’artiste Stéphane Terlinden (neveu de Max van der Linden) a ainsi privilégié la couleur dorée dans son interprétation des Mystères lumineux, exprimant à la fois le sacré et la révélation. Cette couleur lui semblait encore plus justifiée puisque son œuvre était destinée au Sanctuaire de Beauraing, où Notre-Dame a dévoilé son Coeur maternel, son Coeur d’or.

Les Mystères lumineux

Le premier des Mystères lumineux, en haut à gauche, est le Baptême de Jésus au Jourdain. Jésus, au centre, reçoit un baptême d’eau par son cousin Jean le baptiste. Ce baptême est un appel à la conversion des péchés. Jésus demande à le recevoir, non pas en raison de péchés à se faire pardonner, lui qui n’en a aucun, mais pour s’assimiler à nous qui sommes pécheurs. En recevant ce baptême, Jésus prend sur lui tous les péchés du monde ; voilà pourquoi Jean le baptiste dit alors de lui : « Voici l’Agneau de Dieu qui enlève les péchés du monde ». Déjà pointe la Passion de Jésus par laquelle, dans sa mort et sa résurrection, la mort, le mal et les péchés seront vaincus, et par lesquels seront aussi obtenus, pour les hommes, le pardon et le don de la vie éternelle. Au moment où Jésus reçoit ce baptême, toute la sainte Trinité se manifeste. Le Père fait entendre sa voix attestant que Jésus est bien son Fils unique : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui j’ai mis toute ma joie » (Mc 1,11), et l’Esprit Saint se manifeste tel une colombe au-dessus de Jésus.

Dans cette scène, l’artiste fait se rencontrer le Ciel et la terre : le fond doré, représentant la présence de l’Esprit Saint, rayonne du haut vers le bas, tandis qu’une riche végétation verdoyante (couleur de l’espérance) s’élève vers le ciel. En arrière-plan, la foule est appelée, tout comme nous aujourd’hui, à (re)connaitre Jésus comme Fils de Dieu et à lui rendre témoignage.

L’artiste a particulièrement tenu à représenter la Vierge Marie au premier plan à gauche. Elle désigne son fils et ouvre ainsi le récit de ces Mystères de lumière ; à côté d’elle, un évangéliste témoigne de la scène.

En bas à gauche, sont représentées les Noces de Cana, deuxième Mystère lumineux. Jésus et ses disciples sont invités à des noces dans la ville de Cana en Galilée. Marie est également parmi les convives. Au cours du repas, Marie se rend compte que le vin vient à manquer ; elle en informe Jésus qui, sur sa demande, réalise son premier signe, en changeant l’eau en vin. Par ce signe, ses disciples crurent en lui. Les mariés sont au centre, Jésus est en blanc au premier plan, et derrière lui, Marie l’interpelle. Jésus tend la main vers les six jarres pour accomplir le prodige. Les serviteurs qui ont rempli d’eau les jarres sont tout étonnés d’y voir alors le meilleur des vins. La pièce est illuminée par le fond doré, la couleur utilisée pour honorer Dieu. Jésus témoigne par ce signe qu’il est celui qui vient épouser l’humanité en lui donnant sa vie. En effet, ce vin préfigure la dernière Cène. Dans ce Mystère, Marie apparaît comme celle qui intercède pour nous auprès de son fils : Jésus nous invite à la confiance.

 

En haut à droite, voici le troisième Mystère lumineux : Jésus annonce le Royaume de Dieu et invite à la conversion. L’artiste a voulu « évoquer ce Mystère par un moment de prédication de Jésus sur un lieu élevé avec, en arrière-fond, le lac de Tibériade et un horizon montagneux. Les couleurs utilisées sont à nouveau le vert de l’espérance et l’or du ciel se reflétant dans les eaux du lac, pour bien illustrer le lien qui subsiste entre notre monde et le Royaume. Le Christ est entouré d’auditeurs de tous âges, parmi lesquels des enfants plus proches que quiconque », comme l’explique lui-même Stéphane Terlinden. Jésus nous invite à être comme des petits enfants en nous adressant à notre Père du ciel avec la même confiance que des enfants qui connaissent l’amour de leurs parents et savent qu’ils peuvent tout leur confier et tout leur demander. Les beaux regards des personnages et certains sourires indiquent que le Royaume est une vie de bonheur, de béatitude. La scène est très ouverte, paisible, parfaitement équilibrée et heureuse.

Au centre se trouve la Transfiguration de Jésus, quatrième Mystère lumineux. Jésus est nimbé de bleu (une volonté de l’artiste de rappeler son ascendance mariale), et ce nimbe est environné de rayons dorés qui symbolisent la gloire et la divinité du Christ. Dans cet épisode, Jésus prépare déjà trois de ses apôtres (Pierre, Jacques et Jean, agenouillés devant lui) à affronter sa Passion à venir ; il annonce ici sa Résurrection. Le bleu et l’or sont employés pour symboliser la nuit qui s’illumine, l’espérance et la Résurrection. À droite et à gauche de Jésus apparaissent Moïse et le prophète Élie qui témoignent qu’en Jésus tout l’Ancien Testament (la Torah et les prophètes) s’accomplit. Avec lui, ils évoquent sa Passion prochaine à Jérusalem. L’artiste a cependant voulu ajouter un petit arbre à côté des apôtres, pour rappeler que tout être vivant a besoin de lumière pour s’élever et porter du fruit. Il évoque peut-être aussi le buisson ardent de Moïse au désert, ou la terrible sécheresse au temps d’Élie, ou encore l’aubépine du jardin des apparitions à Beauraing.

En bas à droite, le cinquième et dernier Mystère lumineux est l’Institution de l’Eucharistie. Jésus, au cours de la dernière Cène, son dernier repas, prononce ces paroles sur le pain : « Prenez, et mangez-en tous : ceci est mon corps livré pour vous » ; puis prenant une coupe de vin, il dit : « Prenez, et buvez-en tous, car ceci est la coupe de mon sang, le sang de l’Alliance nouvelle et éternelle, qui sera versé pour vous et pour la multitude en rémission des péchés. Vous ferez cela en mémoire de moi ». Par ces paroles, les mêmes paroles prononcées par le prêtre durant la messe, Jésus se rend réellement présent dans le pain et le vin consacrés. Ce Mystère nous invite à reconnaître la présence de Dieu dans les sacrements, tout particulièrement dans l’Eucharistie.

 

Au cours de son dernier repas, Jésus anticipe sa Passion qui aura lieu le lendemain, le vendredi. Dans sa Passion et sur la Croix, Jésus va verser son Sang et livrer son Corps. Lui qui, au baptême, avait pris sur lui nos péchés, paie pour nous sur la croix. C’est nous qui commettons le mal, et c’est le Fils de Dieu qui se sacrifie pour nous sauver.

Ce qui semble être une fin, la mort de Jésus et sa mise au tombeau, devient une victoire définitive sur le péché, le mal et la mort, par sa Résurrection. C’est ainsi que l’auteur a encadré la dernière Cène par deux tableaux. Le premier représente le Golgotha, la colline où Jésus fut crucifié avec deux criminels. Dès midi, des ténèbres surgirent sur toute la terre jusqu’à la neuvième heure (15h00), le moment de la mort de Jésus. Le deuxième tableau évoque le lever du soleil sur une campagne pleine de vie : c’est le dimanche matin, celui de la Résurrection de Jésus.

Ce cinquième Mystère conduit naturellement vers les panneaux latéraux qui symbolisent l’abondance. Par le pain et le vin consacrés, Jésus nous comble de ses dons. Ce pain et ce vin sont à la fois un don de Dieu, au travers de la nature, et le fruit du travail de l’homme.

Dans ces grappes de raisins et ces gerbes de blé gorgées de soleil (soleil évoqué par la couleur dorée) se nourrissent douze oiseaux (des colombes, à la légèreté de l’Esprit). L’artiste a voulu évoquer les oiseaux qui ne sèment ni ne moissonnent (Mt 6,26) et nous invitent à goûter à la plénitude du sacrement. Ils sont douze pour rappeler les apôtres présents lors du repas eucharistique, le Jeudi Saint ; ils sont donc l’image de la première Église. Ils sont blancs de la couleur baptismale et eucharistique.

Au centre de ces deux panneaux, les lieux des apparitions de Beauraing se retrouvent : à gauche, au centre d’une couronne d’aubépine, le pont de chemin de fer au-dessus duquel la Vierge Marie apparut les deux premiers soirs ; à droite, dans une couronne de houx, la porte du pensionnat, d’où les enfants aperçurent la Vierge Marie ces mêmes premiers soirs. À l’intérieur de chacune des deux couronnes se trouvent cinq roses qui symbolisent à la fois les cinq Mystères lumineux et les cinq voyants de Beauraing.

Au centre, en dessous du Mystère de la Transfiguration, l’artiste a figuré, au milieu des raisins et des gerbes de blé, cinq lys blancs, cités en Mt 6,28-30 : « Observez comment poussent les lys des champs : ils ne travaillent pas, ils ne filent pas. Or je vous dis que Salomon lui-même, dans toute sa gloire, n’était pas habillé comme l’un d’entre eux. Si Dieu donne un tel vêtement à l’herbe des champs, qui est là aujourd’hui, et qui demain sera jetée au feu, ne fera-t-il pas bien davantage pour vous, hommes de peu de foi ? ». C’est une invitation à avoir confiance en Dieu qui veille sur chacun de ses enfants. Ces cinq lys symbolisent également la pureté des cinq enfants réunis autour du Cœur d’or que la Vierge Marie a dévoilé à Beauraing. Ils nous invitent au même regard de beauté et de joie.