Les Mystères joyeux
Pour les Mystères joyeux (1er groupe de céramiques de gauche), le céramiste Max van der Linden a choisi des couleurs assez sobres pour symboliser davantage une joie intérieure qui peut être mêlée de tristesse ou d’autres émotions.
Ces céramiques ont été conçues comme le récit d’un voyage autant intérieur (spirituel) qu’extérieur (géographique). C’est ainsi que tout commence avec l’Annonciation de l’ange Gabriel à la Vierge Marie (en haut à gauche). La scène se passe dans un petit village aux maisons blanches (Nazareth), avec l’expérience d’une modeste jeune fille de seize ans (la Vierge Marie) dont la vie est soudainement envahie par un grand mystère : l’ange est vêtu d’un bleu céleste et l’Esprit Saint apparaît sous le signe d’une colombe. Joseph, à distance, est occupé par un travail discret. Marie est représentée menue et fragile, mais, par son oui, c’est toute l’histoire du monde qui est ébranlée et renouvelée. Les 5 enfants de Beauraing lui ressemblent un peu, eux qui, par leur accueil et leur oui, ont ébranlé et renouvelé l’histoire de leur petite ville, mais aussi de leur diocèse et de toute l’Église.
Ayant appris de l’ange la grossesse de sa cousine Élisabeth, Marie part la rejoindre pour l’aider dans cette maternité miraculeuse et tardive : c’est la Visitation (en bas à gauche). Marie a parcouru les chemins qui montent en Judée et gravit les dernières marches. À la vue du miracle de sa cousine enceinte, elle pose la main sur le ventre d’Élisabeth et rend grâce avec elle. Zacharie, en vêtement de prêtre officiant au temple, avait douté de la parole de l’ange ; il se tient humblement en retrait, contemplant silencieusement les merveilles que Dieu accomplit dans le sein de son épouse.
Au centre, se trouve la scène de la Nativité du Christ qui se passe dans le petit village de Bethléem, que l’on voit en arrière-plan. Marie et Joseph, n’ayant pas trouvé de place dans les hôtelleries du bourg, trouvent refuge à l’écart, dans une humble grotte qui servait d’étable. Ils seront rejoints par des bergers avertis par un ange. L’envoyé céleste, aux couleurs du ciel, indique une étoile, annonçant celui qui sera la lumière du monde.
L’artiste a intentionnellement remplacé les bergers par les 5 enfants de Beauraing habillés comme ils l’étaient pendant les apparitions. Ne sont-ils pas, comme les bergers, des gens très simples ? Beauraing n’est-elle pas, comme Bethléem, une petite ville sans intérêt ? Mais désormais, par la grâce qu’ils ont vécue, les deux lieux sont connus du monde entier. Beauraing est suggéré par quelques toitures : le pensionnat des Sœurs, le clocher de l’église paroissiale et la future Chapelle votive.
À droite, deux scènes se passent au Temple de Jérusalem, dont les portes sont ouvertes et desquelles se dégage une lumière. En haut à droite a lieu la Présentation de Jésus, où Joseph et Marie, obéissant à la Loi de Moïse, viennent présenter leur fils premier-né au Seigneur. Marie porte l’enfant Jésus au vieillard Symeon, heureux d’accueillir en lui « la lumière des nations et la gloire d’Israël, qui provoquera la chute et le relèvement de beaucoup » dans ce même pays. Marie tient l’enfant contre son cœur, entendant aussi la prophétie sur « son âme qui sera transpercée d’un glaive ». Joseph se tient à l’écart, écoutant humblement ce qui se dit de son épouse et de son enfant ; il tient en mains les deux colombes, offrande des pauvres au Seigneur.
Alors que Jésus a 12 ans, il échappe à la surveillance de ses parents lors d’un pèlerinage au Temple. Après l’avoir cherché trois jours, ils le trouvent au milieu des docteurs de la Loi, émerveillés de ses réponses. C’est le dernier mystère joyeux : le Recouvrement de Jésus au Temple (en bas à droite). Marie et Joseph regardent la scène, d’une fenêtre latérale. Parmi les docteurs prenant part aux discussions, on distingue une Religieuse de la Doctrine Chrétienne de Nancy. Les Sœurs du Pensionnat avaient la mission d’encadrer les enfants, de les écouter et de les éduquer en leur transmettant la foi et la Parole de Dieu. On trouve ici, sur le blason du Sanctuaire, les lettres DC (Doctrine Chrétienne) et la croix de la Congrégation, qui a offert cette céramique à l’occasion du 50ème anniversaire des apparitions. Mère Théophile Lannoy, la supérieure du Pensionnat à l’époque des apparitions, a écouté et interrogé les cinq enfants. Sa grande réserve et sa prudence d’alors ont permis une approche objective des événements.
Les Mystères douloureux
L’ensemble suivant (2ème groupe de céramiques au centre) regroupe les 5 Mystères douloureux, centrés sur la crucifixion de Jésus. Dans les quatre scènes entourant la croix, on trouve les teintes rosées qui mêlent déjà le rouge du sang et le blanc de la résurrection.
En haut à gauche, Jésus connaît l’Agonie au jardin de Gethsemani. Après le repas de la dernière Cène, Jésus choisit de passer une partie de la soirée en prière. Il s’est mis un peu à l’écart de ses apôtres, dans le jardin des Oliviers. Il a demandé à Pierre, Jacques et Jean de le soutenir par leur propre prière. Mais ceux-ci n’ont pas eu la force de veiller et de prier, cédant à la fatigue : on les voit endormis sur le sol. Seul un ange est là, pour réconforter et soutenir Jésus dans sa passion qui commence ici.
Juste en dessous (en bas à gauche), Jésus subit la Flagellation que lui infligent des soldats romains. Attaché à une colonne de pierre, il subit les coups de deux bourreaux. Ponce Pilate est là, silencieux, contemplant le spectacle de sa hauteur. Vêtu de blanc, comme s’il n’était pas atteint par les tortures infligées à Jésus, il est placé dans l’obscurité noire, sur un fond bleuté ; il n’a pas voulu reconnaitre en cet homme celui qui parle en Vérité ; pourtant, il le désigne du doigt : « Ecce homo », voici l’homme. Jésus subit sans rien dire, sans condamner. Il offre tout simplement sa souffrance à son Père pour le salut des pécheurs.
En haut à droite est présenté le Couronnement d’épines de Jésus, au lieu-dit le Dallage (reconnaissable au sol). Les bourreaux se moquent de celui qui prétend être roi des Juifs ; ils l’ont affublé d’un manteau pourpre, d’un roseau et d’une couronne d’épines qu’ils lui enfoncent sur la tête. L’un d’eux s’agenouille devant lui par dérision. On reconnaît un soldat romain, qui regarde la scène, indifférent. À l’opposé se tient un scribe qui encourage les tortures infligées, en poussant dans le dos celui qui place la couronne d’épines sur la tête de Jésus. Là encore, Jésus reste muet.
Jésus est ensuite chargé de sa croix (en bas à droite). Sur le chemin qui le conduit du Prétoire de Pilate au Golgotha, les foules qui, quelques jours auparavant, l’acclamaient encore (avec des rameaux arrachés aux arbres), l’insultent désormais, encouragées par les autorités religieuses. Chemin faisant, Jésus est aidé à porter sa croix, par un passant réquisitionné, Simon de Cyrène : on le reconnaît derrière Jésus, amené par un soldat à cheval. Mais Jésus rencontre aussi sa mère, avec les femmes de Jérusalem. Il n’y a pas de mots : juste un échange de regards, qui parlent plus que tout. Jésus semble encourager sa mère, en la bénissant de la main droite, avec le geste symbolisant sa double nature humaine et divine (deux doigts replies) et son appartenance à la Trinité (trois doigts avancés). Marie, quant à elle, offre sa douleur, son cœur et son âme transpercée. Mais son cœur est ici tout rayonnant d’or et de lumière, cœur sanctifié, passé au feu des épreuves (comme l’or au creuset). C’est ce même cœur rayonnant de grâce, d’humilité, de charité, de miséricorde, de confiance et d’abandon, qu’elle présentera aux cinq enfants de Beauraing.
Au centre de l’ensemble se trouve la Crucifixion de Jésus. Aussi terrible et humiliante que soit la crucifixion, Jésus est ici représenté comme déjà ressuscité ! Cloué au bois de la croix, il porte le vêtement blanc de la résurrection et la couronne d’épines semble d’or. Au pied de la croix se tiennent la Vierge Marie et le disciple bien-aimé. Ce dernier déroule un parchemin de sa main, parce que, témoin de la mort de son maître et ami, il mettra par écrit ses paroles et ses gestes en un évangile. Deux anges (peut-être ceux qui se tiennent au tombeau au jour de la résurrection de Jésus) encadrent la parole de Jésus à son disciple : « Voici ta mère ». Car Jésus a confié sa mère à celui-ci : « Femme, voici ton fils » ; et ils prirent dès lors soin l’un de l’autre. Les anges semblent garder cette parole comme un trésor : quelle chance avons-nous de recevoir une Mère en la Vierge Marie, une mère qui veille sur nous et intercède pour nous ! À Beauraing, comme une mère, elle a veillé sur les cinq enfants témoins ; et elle ne cesse d’accompagner et de veiller sur les pèlerins qui viennent à elle.
Les Mystères glorieux
Le troisième ensemble de céramiques (à droite) représente les cinq Mystères glorieux. C’est l’ensemble le plus coloré, le plus détaillé et faisant le plus allusion aux événements de Beauraing.
Le premier mystère, à gauche, représente la Résurrection de Jésus. Après sa crucifixion et sa mort, Jésus est enseveli dans un tombeau neuf situé dans un jardin tout proche, appartenant à un certain Joseph d’Arimathie. Marie-Madeleine s’y rend de grand matin pour prier sur la tombe de son ami défunt : elle trouve le tombeau ouvert, la grande pierre roulée et le suaire laissé là, vidé du corps de Jésus. Croyant que le cadavre de son maître a été enlevé, elle supplie un jardinier de lui dire où on l’a mis. Submergée par sa peine, elle n’a pas reconnu le jardinier : ce n’est autre que Jésus lui-même, ressuscité. Elle le reconnaît enfin : « Rabbouni », mon Seigneur ! Marie-Madeleine porte un vêtement de deuil, et Jésus est habillé en jardinier contemporain. La beauté du jardin et la blancheur de la ville au loin (contrastant avec les pierres sombres du mur) évoquent déjà les merveilles du Paradis, la Cité sainte, la Jérusalem d’en haut.
Et voici que Jésus ressuscité, après avoir encore enseigné ses apôtres, est emporté au ciel : c’est l’Ascension de Jésus (à droite du mystère précédent). Le ciel semble se déchirer pour ouvrir un chemin vers le paradis. Deux anges interpellent les apôtres, représentés par deux d’entre eux : « Galiléens, pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? ». Le céramiste, Max van der Linden, a placé cette scène, non sur un mont à Jérusalem, mais sur la colline du château de Beauraing, toujours visible à proximité. Un groupe de pèlerins (à gauche) regardent eux aussi vers le ciel. Un enfant handicapé, en voiturette, reçoit une catéchèse, avec son accompagnatrice. Au centre, une religieuse est agenouillee, en prière : c’est Maria Van Laer, originaire de Turnhout ; souffrant depuis 16 ans d’une ostéomyélite, elle fut guérie à Beauraing en 1933, et devint ensuite Franciscaine de la Sainte Famille, sous le nom de Sœur Pudentia.
Les Apôtres restent en prière jusqu’à la venue de l’Esprit Saint sur eux : c’est le mystère suivant, au centre, la Pentecôte. Le céramiste l’a placée dans le chœur extérieur de la Chapelle Votive, la chapelle demandée par la Vierge Marie à Beauraing. Au milieu des apôtres en prière se trouve la Vierge Marie, une main posée sur son cœur, rappelant sa prière continuelle : « Marie retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur » (Lc 2,19). À droite, un évangéliste, sans doute saint Luc, auteur des Actes des apôtres, en rédige le récit. À gauche, saint Pierre tient dans sa main la clé du Royaume des Cieux que Jésus lui a remise peu avant son ascension. En haut, la colombe, symbole de l’Esprit Saint, vient illuminer les cœurs et donner la force de répandre la Bonne Nouvelle à travers le monde. Beauraing n’est-il pas devenu un lieu de propagation de cette même Bonne Nouvelle ?
Au-dessus de la Chapelle Votive, quatre anges élèvent au Ciel la Vierge Marie. Il s’agit de l’Assomption de la Vierge Marie au Ciel. Marie, pure de tout péché, n’a pas connu la corruption du tombeau, mais a été élevée au Ciel en son corps et en son âme, à la suite de son Fils. L’Église voit en Marie ce qu’elle est, elle-même, appelée à devenir : sainte, immaculée, pleinement sanctifiée, victorieuse sur la mort. Marie est, à la suite du Christ, la première sur le chemin que nous sommes tous invités à emprunter à chaque instant. Marie porte un vêtement bleu céleste, dont les reflets se retrouvent dans la représentation de Notre-Dame de Beauraing, selon la description des enfants ; elle est debout, dans la force de la résurrection, et elle porte sa main gauche sur son cœur, pour dévoiler bientôt un cœur d’or.
Une fois élevée au Ciel, voici le Couronnement de la Vierge Marie dans le Ciel (à droite). Marie est Reine des Cieux. C’est bien ce qu’elle a confirmé, à Beauraing, aux cinq enfants témoins. Au ciel, la Trinité couronne Marie : le Père à la barbe blanche, le Fils à la barbe brune et l’Esprit Saint sous la forme d’une colombe ; chacune des personnes regarde l’autre, comme d’une décision unanime. Et Marie reçoit cette grâce avec simplicité et reconnaissance, les mains jointes en prière ; elle comprend qu’elle poursuivra sa mission reçue au pied de la croix de son Fils : elle intercèdera pour l’ensemble de l’Église et pour le monde. C’est ainsi que le couronnement se déroule au-dessus du Sanctuaire de Beauraing, qui est bien représenté : on reconnaît le jardin de l’aubépine, où le pape saint Jean-Paul II est venu en pèlerinage, le 18 mai 1985. Car Beauraing est devenu un lieu de pèlerinage et de consolation pour tous : les adultes, les familles, les jeunes et les enfants, mais aussi les consacrés et les prêtres. Marie montre son cœur d’or et tient ses bras ouverts à tous.
Max van der Linden manifeste ici sa reconnaissance pour l’intercession de la Vierge Marie, en choisissant de représenter de nombreux lieux de pèlerinage et de dévotion mariale en Belgique. Il a particulièrement mis en évidence le diocèse d’Anvers, car cette céramique fut offerte par les Pèlerinages de Campine à Beauraing : 1. L’Escaut (Schelde), fleuve qui se jette dans la Mer du Nord à Anvers – 2. Les deux clochers de la cathédrale Notre-Dame d’Anvers – 3. Murailles et tours de la forteresse Het Steen à Anvers – 4. Fontaine ‘Quinten Metsijsput’, nommée encore en langue populaire ‘het putteken’, devant la cathédrale d’Anvers – 5. Eglise Saint-Pierre à Turnhout (d’où était originaire Maria Van Laer) – 6. Basilique Notre-Dame d’Hanswijk à Malines – 7. Abbaye Notre-Dame de Tongerlo, d’où était originaire Mgr Heylen – 8. Eglise Saint-Guibert de Schilde (Anvers) où furent fondés les Pèlerinages de Campine à Beauraing – 9. Eglise paroissiale Saint-Martin de Beauraing – 10. Basilique Notre-Dame de Walcourt.




















